Jeudi 15 Juillet 2004
Mes EtoilesPerdues,
Je me souviens d'une chanson d'un groupe aujourd'hui disparu, "Etoile des Neiges", et je repense alors à mes Etoiles, mes Précieuses Etoiles, illuminations de la nuit de mon âme. Ce blog sera le carnet de route du désespoir et de l'espoir, de l'amour qui consumme mon coeur et mon être, des regrets, de l'absence, des souvenirs... Le nom de ce groupe était "Nacht und Nebel", nuit et brouillard, faisant référence à ce programme nazi de destruction de l'humain. Jamais je ne serai "Nach und Nebel", jamais je ne sombrerai dans l'oubli.
Ce blog sera une trace que je n'ai pas rêvé, que mes Etoiles existent, en une autre galaxie certes, mais qu'Elles existent, et que ce cauchemar actuel passera comme tout le reste. Qu'un jour le soleil se lèvera à nouveau sur l'horizon de nos vie.
Aujourd'hui, en ce 150e jour de l'occultation de mes Etoiles, je commence la rédaction de ce journal. 150 jours de ténèbres, 150 nuits de pleurs, 3600 heures de vide... Cela n'est rien en regard d'une vie et c'est tellement pourtant. Depuis 150 jours, il est minuit à l'horloge de mon Coeur. Et, qui me rendra les rires perdus, les regards sensibles et profonds, les moments de complicité et d'affection ? Qui pourra leur rendre à Elles, mes Etoiles émouvantes, ces moments perdus ?
Papa.
***
Il y a deux jours je recevais une lettre de l'avocate de leur mère. Mortifère littérature que voilà , on me convoque donc devant la justice pour abandon de famille, tout cela parce que votre mère n'a pas recu tout l'argent qu'elle veut encore me pomper. Tout cela parce que je refuse avec obstination d'aller vous voir dans cette prison sociale pouacreuse et froide, ce lieu oú l'on envoie les pères indignes, les tueurs d'enfants et briseurs de rêves. Je ne suis pas de cette race, je ne suis pas fautif envers vous, pourquoi devrais-je donc accepter de jouer leur jeu à eux, à ces morves qui salissent tout amour pour combler leurs désirs de vengeance et de satisfaction de l'ego ?
Je ne demande pas grand chose pourtant, quelques instants tous les mois passés seul avec Vous, à nous promener, à chanter, rire, danser, manger des glaces... M'offrira-t-on cela dans la prison sociale ? Non, on veut imposer la présence d'une psychologue car le risque est grand en effet que je n'essaye de Vous convertir à mes "délires religieux" comme ce juge mort l'a dit. Quelle connerie ! L'idée même de me retrouver dans une pièce minuscule, avec cette momie policière accrochée dans un coin à nous observer et à prendre des notes froides et mortes sur nos relations, m'est horrible. C'est au-dessus de mes forces. Et comment pourrais-je Vous imposer cela ?
On Vous dira, soyez-en sûr, que Votre père ne Vous aimait pas, qu'il préférait sa solitude à Votre présence, que ce père est un monstre, qu'il ne mérite pas Votre amour. N'écoutez rien d'autre que Votre Coeur, car, mes Etoiles, c'est là que Vous trouverez toutes les réponses. Il y a-t-il une minute pendant laquelle je ne pense à Vous ? Il y a-t-il un souffle de ma vie qui ne Vous soit dédié ?
Je vais donc me rendre dans ce tribunal, affronter le jugement des gueux, le regard froid de ces bourgeois de l'âme. Je ne Vous ai pas abandonné ! Sauf selon leurs critères séniles induits par une tradition létale, bien-pensante et stérile. Pour Vous je vais me battre, pour Vous je ferais n'importe quoi, pour vous aperçevoir ne fut-ce qu'un instant je défierais le Ciel et les Enfers.
***
Je me souviens de la dernière fois où nous avons pu nous parler au téléphone. C'etait début avril. C'est si loin. Morgane, Tu me demandais alors que je vienne Te voir. C'est impossible, la mère - l'amère ? - ne le veut pas. Si je le pouvais, je prendrais le premier train pour Liège afin de pouvoir Te tenir dans mes bras, respirer le caramel de Ta peau, Te regarder simplement. Hélène pleurait. Trop dur d'en parler, l'acide coule dans mes yeux et me brouille la pensée. David, lui, l'Homme, il parlait comme un grand. Ah, les images associées à ces souvenirs font mal, j'en crève. Les doigts hésitent sur le clavier, les larmes sont là à présent, impossible de retenir ce flot d'amour. Et l'on me dit insensible ! S'ils voyaient les perles qui sertissent mes joues...
Morgane, Tu avais un dessin pour moi. L'auras-Tu gardé ? La seule chose que l'amère - c'est le nom que je lui donne dès à présent - m'a laissé c'est trois photos de Vous et un dessin de Toi. Les débris d'une autre vie. Quelle est cette haine qui pousse l'amère à m'oter jusqu'aux objets qui peuvent me faire rêver de Vous ? Je suis sans doute injuste envers elle. Nul humain ne peut être d'une telle noirceur.
Hélène, as-Tu encore Ta sucette ? Voilà la questions cosmique qui est essentielle à ma vie en ce moment. Que ne donnerais-je à celui qui répondra à cette question... Je Te vois mettre la "titi" pour Saint Nicolas avec un regard triste... Ce regard triste et sensible que Tu as depuis Ta naissance. Arf, voilà encore des larmes... Le coeur se serre, le souffle se fait court... Ca va passer.
David, Monsieur Ktimel - nom mérité par Ta grande consommation d'Actimel - quelle joie de T'entendre parler comme un grand au téléphone, et bien sûr pas sérieux plus de deux secondes, comme Ton père. Je repense souvent à ce mois de septembre 2003 - dernier mois d'unité avec Vous trois - ce mois où nous écoutions sans fin "Frère Jacques" sur mon portable... Je pensais ne plus pouvoir l'entendre cette chanson et c'est vrai, cela serait mortel à tous les coups. Je crois que Tu es celui des Trois avec qui j'ai été dur, pas méchant, mais dur. Et ce mois de septembre nous avait permis de nous comprendre, de nous apprivoiser. Celà ne doit pas tomber dans l'oubli.
Vous me manquez tous les Trois, tellement, si cruellement...
Papa, en ce 150e jour de l'An I de l'Absence Terrible.