dimanche 29 Mai 2005

Mon Etoile,

La vie est étrange, faite de hasards & de choix aux conséquences souvent insidieuses & imprévisibles. Dans notre égoïsme avoué ou mal dissimulé nous ne pouvons réfléchir à toutes les conséquences de décisions dictées par notre volonté de nous satisfaire avant de penser à ce que pourraient vivre ceux qui sont impactés par ces décisions.

Il y a presque deux ans, nous entamions la procédure de divorce Ta maman & moi. La décision en ce qui me concerne était le fruit de souffrances, de déséquilibres affectifs, de l’alcool, de l’envie de changer de vie, de cette vie que je trouvais alors trop étriquée, trop « normale ». Ta maman te dira peut-être un jour ce qui l’a mené à faire son propre choix… Ah, à nouveau les « si », si j’avais su alors toutes les conséquences de cette décision… Si, si, si… Je pensais que ce divorce serait « normal », que je pourrais continuer à vous voir comme c’est le droit de tout père, fut-il divorcé, de continuer à vous soutenir dans vos combats que la vie vous impose, malgré votre jeune âge à Toi & à Hélène & à David. Je pensais, comme souvent, à tort, que tout irait bien pour moi, pour votre maman, & surtout pour Vous.

Quel con ! Si j’avais su où tout cela mènerait, j’aurais sans doute pris la même décision mais je me serais battu avec plus de force & avec moins de compassion, je ne me serais pas laissé avoir par les avocats & ce système de justice inique. J’aurais alors fait tout mon possible pour conserver nos liens & pour ne pas finir avec 2 heures par semaine généreusement concédées par un juge qui doit avoir du mal à encore se regarder sans un miroir.

Bref, je pensais, tel un imbécile aveuglé par son égoïsme, que tout serait normal. Aujourd’hui, je perds toutes mes illusions & le désastre est terrible pour Vous. A cause de moi Vous avez perdu tout ce que nous avions construit avec Votre maman : cette maison que vous aimiez tant, avec son jardin qui faisait votre bonheur été comme hiver, ce calme & cette assurance que la vie est stable & rassurante, cette famille qui était pour Vous un cocon protecteur & l’assurance de sécurité affective & matérielle, l’avenir enfin que nous avions cherché à rendre le plus sûr & le plus à même de Vous offrir un choix de vie…

Tout cela est parti dans les poubelles de mes désirs égoïstes, dans les égouts de ma folie ! Et je ne peux même pas jouer ce rôle réparateur ou maintenir un semblant d’aide pour vos problèmes scolaires. Je dois accepter les échecs de votre vie comme mes échecs. Vous n’êtes pas responsables, votre maman non plus même si c’est à cause d’elle que ne peux Vous aider. Ce sont des affaires entre adultes, mais Vous êtes les premiers concernés & je ne peux rien expliquer qui soit valable car je ne comprends toujours pas pourquoi l’on cherche à nous séparer, pourquoi mon égoïsme fut le départ du malheur & pourquoi l’égoïsme de Votre maman en est la continuation. L’on dit que les adultes sont sages, mais en réalité nous ne sommes que des gamins vêtus de la raison, & donc nous pouvons être plus destructeurs dans nos actes & nos paroles.

Morgane, je voudrais seulement Te dire, au-delà de cette autocritique un peu facile, que j’ai confiance en Toi, en Tes capacités. Je sais intimement que Tu réussiras malgré tout car Tu es forte & intelligente. J’aurais voulu que Tu puisses continuer sur cette voie scolaire, j’aurais voulu qu’elle ne soit pas un échec qui Te marquera toute Ta vie. Alors, sache que cela n’est rien, que jamais cela ne fera de Toi un être moins valable ou moindre dans mon cÅ“ur, que cela n’est qu’un passage, un des nombreux passages que la vie nous impose. Et moi, pauvre père inconscient, je suis près de Toi en pensée & en amour afin de Te soutenir du mieux de mes moyens. Et s’il faut que je damne mon âme pour Toi, s’il faut que je succombe en enfer, alors je le ferai pour Toi, comme je le ferais pour Ta sÅ“ur ou Ton frère. On ne revient pas sur le passé, on ne peut refaire ce qui a été défait par la folie & ces quelques mots-larmes ici sont l’engagement pour le futur que jamais Ton papa ne Vous laissera tomber ou ne Vous abandonnera !

En écrivant ceci, je suis au bord des larmes, & je me souviens des jours heureux où nous jouions sous le soleil, où la vie était si douce malgré ses travers que rien ne semblait pouvoir nous atteindre dans notre bonheur. Je me souviens avec tristesse de ces jours à jamais perdus & je Vous demande pardon de ce mal que j’ai pu causer.

Je Vous embrasse mes Etoiles.

Papa.